Le bistrot extraordinaire

En journée, on dirait que le restau a fermé derrière ses panneaux en bois. En fait, il est ouvert depuis 100 ans. Mieux, il revit depuis 3 mois : Shan s’y est installé après un long roadtrip culinaire. Ce chef complètement autodidacte a sillonné l’Europe pendant deux ans avec son camion-cuisine-maison. Avant de troquer le volant pour le tablier, Shan était archi d'intérieur. Ça se voit : il a décloisonné son Bistrot Ordinaire en respectant chaque ride du comptoir.
Ici, on cuisine à l’instinct. Shan montre la recette une fois à son équipe, puis il déserte les fourneaux pour s'installer en salle. En cuisine, le casting est délicieusement improbable : un Hollandais en formation entre deux étoilés (le Clarence et l’Arpège) et un jeune voisin de la rue qui a eu envie d'apprendre à manier le couteau. "On est dans la tête de Shan, ici", disent-ils en envoyant des assiettes qui bousculent. Des oursins qui sortent du four, un poisson sauce bouillabaisse à se damner et des jambons si fondants qu'ils s'oublient sur la langue.

Pour le final, un chef invité a laissé sa recette de génie. Heureusement, car Shan ne fait pas de dessert : c’est le seul à la carte. Mais cette crème caramel au vin jaune, gros sel et huile d’olive vaut toutes les autres bouchées sucrées de Paris. Tout simplement le premier dessert de notre vie qu'on ait commandé trois fois de suite.
Bistrot Ordinaire, 19 Rue Keller, 75011 Paris.
















