L'interview du Squat - Vahram Muratyan

Vahram Muratyan est designer graphique. Il est un Parisien "born and raised", devenu célèbre grâce à ses fameuses planches Paris vs. New York qui ont fait le tour du monde. Une après-midi de décembre, on s'est posé sur un canapé et on a parlé de son Paris. Celui qu'il aime en altitude, qu'il voit en gris-bleu et qu'il rêve reboisé. Il a tout balancé : son parcours, son urgence de dessiner et son envie de susciter ces fameux "Aha-moments". Il avance en poupées russes, d'inspiration en inspiration. C'est notre 1er squatteur. Merci Vahram.

 
Bon, parlons Paris
 
Paris la première fois ?
Le jour de ma naissance, j’y suis né. J'ai passé mon enfance dans le Grand Paris à Saint Germain en Laye avant de m’installer dans Paris Intra Muros il y a 15 ans maintenant. 

Paris par ta fenêtre ?
L’horizon, le ciel, la Bibliothèque François Mitterrand, le tribunal de Grande Instance de Renzo Piano dans le 17ème, la tour Eiffel. Je dois vivre haut perché et dormir au calme, c’est ma condition pour vivre dans Paris. 

Paris touriste ?
A des amis-touristes, j’aime montrer un côté alternatif de Paris. Le quartier de Belleville, à la découverte d'un petit bouiboui... Et je les fais profiter de la bistronomie, il y a de bonnes adresses autour du métro Goncourt. Par exemple chez Palissade vers la place Sainte Marthe. C’est mon QG. C’est tranquille le matin, la bouffe le midi est dingue et tout aussi bonne le soir. Je préfère donner rendez-vous dans des endroits comme ceux-là, plus excentrés, pour changer des éternels points de chute dans les 4 premiers arrondissements de Paris.

Paris magique ?
Hier soir, en regardant la  vue de chez moi à Belleville. Chaque jour est un tableau. Même en décembre en fin de journée ! Il y a des lumières dorées, des oiseaux qui s’envolent...

Paris la nuit ?
Une anamorphose. Tu retrouves les lieux que tu connais mais différents, dans une autre version d’eux-mêmes, déformés par les lumières... ou l’alcool. De nuit, tout semble plus vaporeux, Paris devient impressionniste.  

Paris le matin ?
Mille possibilités...

Paris le dimanche ?
Je n’ai pas le blues du dimanche, peut-être parce que je travaille en indépendant. Pourtant je me cale sur le rythme des autres, je travaille peu le dimanche, j'essaie de déconnecter.

Paris en une odeur ?
L’odeur de mes footings le matin, le long du canal Saint-Martin. Une odeur de fraîcheur humide mêlée à une pointe de pétrole. Je trouve qu’on sent un port, la mer n'est pas si loin, après tout, les mouettes sont partout (rires).

Paris en une couleur ?
Gris bleu.

Paris en un schéma ?
Pyramidale.

Paris en musique ?
Shadow des Chromatics.

Paris en mieux ?
Un Paris reboisé. Il faut remettre des arbres partout. Planter des cerisiers pour admirer leurs fleurs au printemps.

 
Maintenant, parlons parcours
 

D'où viens-tu ?

Je viens d’une famille arménienne où l'intelligence du geste est précieuse : ce sont des gens qui font ! Ma grand-mère, par exemple, brodait à merveille ou écrivait des poèmes. Je passais 8 heures à lire ou à dessiner sans m’en rendre compte. Cette attitude m’a donné accès à beaucoup de sujets différents, en me laissant tout mon temps. Cette liberté développe l’imaginaire d’une manière inouïe.
 
Ton premier dessin ?  
Celui dont je me souviens ? Vers 4 ans. J’étais passionné de cartes et d'atlas. Comme ma famille voyageait beaucoup, ça me parlait. J’ai beaucoup dessiné aussi les bijoux et des silhouettes de mode. Ces dessins ont poussé mes parents à m’encourager dans la voie des arts graphiques.
 
Et hop, ta carrière d'artiste était toute tracée ?
Hm, pas tout à fait... Je voyais très très mal de l’oeil gauche. J’ai dû faire très tôt de la rééducation orthoptiste, une sorte de gymnastique des yeux. Mon père me faisait des dessins que je devais deviner. Je suis certain que ça a eu son influence. J’ai eu peur de perdre mon oeil, je ressens encore aujourd’hui l’urgence de témoigner par le dessin.

A qui t'adresses-tu ?
À tout le monde. J’aime cette démarche populaire et je l’assume totalement, dans le sens noble du mot. Je ne veux pas d’un art élitiste. J’ai besoin de laisser une place pour celui qui regarde.

C'est à dire ?
Eh bien l’idéal, c’est de faire surgir ce que j’appelle le “aha moment”. Le moment où tu fais “aha j’ai capté !” Je ne le fais pas de manière calculée. Mais je m’arrête toujours à un moment dans ma création pour ne pas en dire trop à en rendre le truc tarte. Il faut laisser de l'espace. Et si les gens en retour disent “J’ai pas compris” je ne suis pas déçu, je réponds “Cherche encore !”. Je les laisse toujours trouver par eux-mêmes. Surtout qu'il n'y a heureusement pas qu'une seule interprétation. Les mots peuvent aider. Les images de Paris versus New York fonctionnaient beaucoup par cette analogie mots-images. Et cela peut faire la différence dans le flot d’images bombardées chaque jour. 

Ta passion artistique du moment ?
J’adore les estampes japonaises, ma première estampe Mon Fuji, mon amour vient d'être éditée à Tokyo. Le mot japonais pour dire estampe, c’est “ukiyo-e”: image d’un monde flottant. C’est comme une affiche, destinée à être vue et revue et revue. On donne une impression vertigineuse à travers une simple image. A la base, ce sont des planches de bois sur lesquelles on vient graver, puis appliquer des couches de couleurs, comme des couches de pensées successives. C’est presque comme des poupées russes, des idées qui s'emboîtent, qui font surgir d’autres idées. C'est ce que l'on retrouve dans mon dessin pour My Little Paris d'ailleurs...


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