L'effet du printemps parisien

Comment sait-on que le printemps est arrivé à Paris ? Qu’est-ce qui anime les Parisiennes ? Le nez en l’air et les baskets sur les boulevards, on s’est laissé imprégner de la ville et ses humeurs, pour comprendre l’effet du printemps.
Revivre une première fois
L’autre jour, on est allé voir une pièce de théâtre qui nous a émerveillés. On voulait en parler à tout le monde : “Tu vois c’était un peu comme… Ça m’a fait l’effet de… Une sorte de mélange entre…”
Impossible. Impossible de restituer l’effet de ce spectacle.
On ne trouvait aucune métaphore.
Et puis on a compris : on venait de vivre une première fois !
Une première fois, c’est quelque chose proche de l’état du nouveau-né, qui découvre chaque minute de sa vie l’équivalent de l’alunissage d’un astronaute. Il y a un mot pour décrire ce phénomène : la néoténie.
En biologie, c’est le terme qui décrit la conservation des caractéristiques juvéniles chez les adultes d’une espèce.
En poésie, c’est ce qui désigne l’art de préserver un regard de l’enfance sur le monde.
Autrement dit,
vivre chaque instant comme une première fois.
Un uppercut sensuel et émotionnel inénarrable.
Voir l’océan pour la première fois.
Plonger dans l’eau salée.
Sauter dans le vide.
Tomber amoureux.
Embrasser sur la bouche.
Embrasser avec la langue.
Le coucher de soleil sur la Seine.
Danser un slow.
Prendre l’avion.
Atterrir.
La vue tout en haut de la Tour Eiffel.
Découvrir un goût vierge.
L’acidité du citron.
L’iode d’une huître.
Le coulant d’une burrata.
La première fenêtre ouverte.
Le premier parfum du printemps.
La liste est infinie.
Quoique.
Avec le temps, les premières fois se raréfient. Se cherchent à la petite cuillère.
Parfois aussi, on les spoile trop vite en brûlant les étapes. Faire un tour du monde express, regarder un film en mode “avance rapide”. Une sorte de fast feeling : le fast food de l’émotion.
Au printemps à Paris, les premières fois se chopent à chaque coin de rue : première terrasse, première balade sur les quais, première glace pistache, premières lunettes de soleil sur le nez, premières jambes dénudées…
Il faut prendre le temps de savourer les premières fois.
Il faut prendre aussi le temps de les déceler. Car parfois elles se cachent dans les interstices d’une journée vécue trop vite.
Mieux encore, la puissance de l’oubli. Avoir la mémoire qui flanche donne souvent des complexes.Faites-en une force. C’est grâce à cette capacité d’oubli qu’on découvre chaque jour des plaisirs, des saveurs, des sentiments oubliés.
Alors, oubliez.
Oubliez que les oiseaux ont chanté au printemps dernier, que le soleil s’est levé hier, que vous avez aimé un jour. Oubliez tout, et redécouvrez, la fleur au fusil, ces toutes petites choses qui font le sel de la vie.
















